La randonnée "alpine"... des Vosges mais attention nous ne sommes plus en Lorraine mais en Alsace...
Le point de départ de cette randonnée est un petit escalier
ou figure la mention "sentier des Roches" qui se trouve
à droite de la route lorsqu'on quitte le col de la Schlucht avant
de descendre côté alsacien. L'histoire de ce col, qui à
l'heure actuelle est sans doute un des endroits les plus célèbres
des Vosges est intéressante. En fait cela fait relativement peu
de temps que ce col sert de passage entre les Vosges et l'Alsace. En
effet c'est en 1842 que Frédéric Hartmann, riche
industriel de Munster et donc gros consommateur de bois fit construire
à ses frais une route menant de l'Altenberg (où
il fera d'ailleurs construire plus tard un hôtel qui sert désormais
de maison de repos) au Collet afin d'y exploiter les bois situés
côté vosgien. Un petit peu plus tard Napoléon
III fit construire la route de Gérardmer au Collet, le "passage"
du col de la Schlucht était né.
Avec la défaite de 1870, la Schlucht va devenir un poste frontière
entre la France et l'Allemagne qui deviendra assez vite un endroit touristique
avec la construction d'un tramway côté vosgien puis également
côté alsacien, les premiers hôtels se construisent
de part et d'autre de la frontière. On y trace une piste de ski.
Pendant la guerre de 1914 à 1918 les militaires remplacent les
touristes...
Le "sentier des Roches" est une création purement
touristique que l'on doit à Monsieur Strohmeyer président
du Club Vosgien et qui en 1906 eu l'idée de créer ce sentier
de randonnée. Une oeuvre plutôt réussie puisque
dès les premières centaines de mètres l'ambiance
est donnée : des falaises granitiques magnifiques, du vide -attention
à bien utiliser les mains courantes en place- et de magnifiques
vues sur la vallée; petit pont, tunnel creusé dans la
roche, échelles métalliques et même une splendide
cascade font de ce sentier un des plus beaux des Vosges.
Lorsque la pente s'adoucit, le sentier balisé rectangle bleu
rejoint un chemin carrossable qui monte tranquillement au lieu dit Frankental,
un endroit magique entouré par les couloirs qui plongent du Hohneck
300 mètres plus haut et qui gardent la neige tard dans la saison
et par la splendide falaise de la Martinswand terrain des jeux
des grimpeurs depuis fort longtemps. Il y a une splendide tourbière
à cet endroit qui porte le nom de Schwartzweiher, l'étang
noir mais attention sa flore est fragile donc mieux vaut rester en retrait.
Il y a également une ferme auberge qui témoigne qu'il
n'y a pas si longtemps à la place de toute cette forêt
existaient des pâtures pour les troupeaux; cette ferme fut même
détruite en avril 1910 par une avalanche, il y avait encore de
la neige dans ce temps là...

La Martinswand
Notre sentier balisé triangle bleu mais également rouge-blanc-rouge
car nous sommes sur le GR 531 grimpe ensuite vers le Schaeferthal,
une bonne grimpette qui peut être coupée en deux par une
rapide visite à la Grotte Dagobert, une simple cavité
naturelle qui aurait soit disant abrité le roi des Francs et
son armée, on peut se demander comment...
Le Schaeferthal qu'on peut traduire par "vallon des moutons"
est un endroit fabuleux lorsqu'il fait beau et que la vue porte loin
jusqu'à la Forêt Noire voire jusqu'aux Alpes Bernoises
si le temps s'y prête. La vue plonge de tous les côtés
vers le Frankenthal d'où l'on vient mais aussi vers le Schiessrothried
qui constitue la suite du parcours.

Le Schiessrothried vu depuis le Schaeferthal
De là le sentier part vers le sud est, un peu désagréable
au début car très rocheux, il devient plus agréable
mais plus raide après la ferme auberge du Schiessroth.
On arrive assez vite au bord du lac d'où la vue sur le Hohneck
et le magnifique vallon du Wormspel fait penser à un paysage
alpin. Ce lac artificiel endigué à la fin du XIX ème
siècle est aménagé à l'emplacement d'un
vieux lac glaciaire formé il y a 10 000 ans environ à
la fin de la dernière glaciation. Difficile d'imaginer que dans
ce vallon si sauvage, les militaires français avaient installé
durant la guerre de 1914 un véritable téléphérique
destiné à amener vivres et munitions vers les postes avancés
non loin de Mittlach.

Schiessrothried
Le sentier rectangle bleu grimpe dans la forêt de hêtres
jusqu'à un point de vue qui offre une vue plongeante sur un autre
lac plus secret, le Fischboedle mais nous n'irons pas aujourd'hui
car nous quittons le sentier balisé pour grimper droit vers le
premier Spitzkoepfe. On pénètre là dans
une réserve naturelle qui est le domaine des chamois et de façon
plus anecdotique celui du Berggeist, l'esprit de la montagne...

La partie raide du "sentier"
Il n'y a plus de sentier véritable mais des traces permettant
de longer pendant un bon moment l'arête rocheuse. De vielles marques
rouges sur les arbres permettent de trouver le meilleur cheminement
mais il faut parfois bien regarder et ne pas hésiter à
faire un petit détour. Attention, le versant sud des spitzkoepfe
(qui signifie "têtes pointues") est rocheux et à
pic sur une centaine de mètre par endroit !

La "sortie" des Spitzkoepfe
Le "sentier" emprunte de temps en temps des petits cols entre
les différentes pointes de l'arête. Attention, le versant
sud des spitzkoepfe (qui signifie "têtes pointues")
est rocheux et à pic sur une centaine de mètre par endroit
! Il n'y a qu'à la fin de l'arête que le sentier passe
côté sud pour contourner un des derniers promontoires rocheux.
A condition d'être discret, il est fréquent d'observer
des chamois tranquillement installés sur ces promontoires. Le
chamois a été réintroduit (ou introduit ?) en 1956
dans la haute vallée de la Thur, les onze animaux lachés
à cette date ont vite colonisé les versants les plus sauvages
du massif et c'est maintenant près de 1 500 têtes qui occupent
nos montagnes vosgiennes.

Chamois des Spitzkoepfe
Sortis des Spitzkoepfe on se retrouve sur le sentier qui va au col
du Wormspel, on évitera ensuite le Hohneck, sa route,
son restaurant et ses parkings à voitures et à autocars
pour rejoindre en légère montée le col du Falimont.
Au passage on remarquera les traces de l'ancienne voie de chemin de
fer qui montait les touristes jusqu'en 1935 au sommet du Hohneck. Du
col du Falimont, on pourra jeter un dernier coup d'oeil à la
tourbière du Frankenthal et continuer sur un sentier en balcon
jusqu'à l'entrée de la forêt des Trois Fours.
On remarquera en passant ces hêtres qui ont bien du mal à
poussé en raison du vent et de la neige et qui se tortillent
plus qu'ils ne poussent.

Le Ballon de Guebwiller et les Alpes suisses vus
depuis le Petit Hohneck
On longe ensuite la chaume des Trois Fours pour entrer une dernière
fois dans la hêtraie d'altitude, le sentier suit la ligne de l'ancienne
frontière encore marquée par ces bornes de granit caractéristiques
qui séparaient entre 1870 et 1918 la France de l'Allemagne entre
Longuyon et Delle, 4056 bornes exactement qui portent le symbole F d'un
côté et D, pour Deutschland, de l'autre. On retrouve à
la sortie du bois l'activité bruyante du col de la Schlucht.
Photos Peter Gorner et Thierry Jeandel.
Merci à Jean Pierre Savoye pour son livre "La Bresse-le
Hohneck Clins d'oeil sur l'histoire".