Une randonnée « inspirée »
dans un haut lieu, à tous les sens du terme, de la Lorraine.
De la gare de Praye emprunter la D50 vers le sud ouest
sur 300 mètres puis continuer tout droit par une route d’abord
goudronnée puis en terre qui monte au plus direct vers le colline
de Sion. Au niveau des vergers de mirabelliers prendre un chemin horizontal
à droite.
La mirabelle est en toute objectivité le meilleur
fruit du monde ... c’est prouvé !
Il est le symbole par excellence du fruit lorrain, ce n’est pas
étonnant car la Lorraine produit 80 % des mirabelles françaises.
L’ancêtre de la Mirabelle serait une prune orientale mais
son arrivée dans notre région reste mystérieuse
et comme tous les mystères les hypothèses ne manquent
pas : on parle de la princesse Mira récompensée
d’un geste de générosité envers une vieille
dame qui étaiten fait une bonne fée et qui vit tous les
arbres de son domaine ornés de petites boules d’or, ou
bien on dit aussi que le duc d’Anjou et de Lorraine
aurait ramené le fruit d’un de ses vergers de Mirabeau
dans le Vaucluse. Mais en fait, il y a bien longtemps que l’on
mange de la Mirabelle en Lorraine puisque des noyaux ont été
découverts au fond des puits de la cité romaine de Grand.
Le fruit se récolte vers le 15 Août, enfin en principe,
si les gelées de printemps ont épargné les fleurs..
Pour récolter il faut hocher les branches et ramasser les fruits
au sol, les professionnels utilisent tous désormais des vibreurs
mécaniques.

L'hiver sur la colline de Sion
Lorsque le chemin vient buter sur un croisement prendre la branche
de gauche qui monte en longeant les près, le suivre jusqu’à
ce qu’il rejoigne le balisage anneau vert. Le chemin fait alors
un long mouvement tournant autour de l’extrémité
nord de la colline de Sion pour arriver à Saxon.
D’un point de vue géologique, la colline de Sion dont
l’altitude dépasse les 500 mètres est ce qu’on
appelle une « butte témoin » qui
a résisté à l’érosion qui est à
l’origine du plateau lorrain. Ce qui a protégé ainsi
la butte de Sion c’est sa calotte formée de roche plus
dure qu’aux alentours. Il existe dans les environs d’autres
buttes témoins mais de dimension plus modeste comme le Mont
d’Anon plus au nord ou le Currel un
peu au sud. Toujours d'un point de vue géologique, il est intéressant
de noter qu'on a trouvé du pétrole au
pied de la colline entre Forcelle et Chaouilley,
ce pétrole a même été exploité entre
1978 et 1992 avec l'extraction de 15 000 tonnes de brut !
Le village de Saxon ne possède ni cimetière, ni église
sans doute parce qu’il est rattaché à Sion.
On quitte Saxon par une rude montée dans la forêt qui amène
sur le plateau en bordure de terres cultivées, le Haut
de Chatillon qui révèle des traces d'occupation
datant du néolithique.
En vue de la route, le chemin plonge à droite pour se retrouver
sous les falaises du Saut de la Pucelle. En cet endroit
une princesse de Vaudémont aurait échappé à
un cavalier qui la poursuivait en se jetant avec sa monture dans le
vide du haut des escarpements. Son cheval évita la catastrophe
en tombant sur une grosse pierre où la marque de ses sabots ferrés
furent paraît-il longtemps visibles, le vil chevalier, lui périt
dans la chute.
Le sentier continue à flanc de colline sous couvert de la forêt
pour passer bientôt devant un ancien champ de tir qui servit à
l’entrainement des troupes allemandes lors de la guerre de 1870.
On arrive ensuite à un carrefour où il est possible
d'écourter la randonnée en remontant sur le plateau mais
notre itinéraire lui continue vers Vaudémont
en passant d’abord devant la Croix des pestiférés
qui témoigne des terribles épidémies de peste qui
ont sévit notamment pendant la guerre de Trente Ans, puis ensuite
devant un trou d’eau artificiel qui est une réserve d’eau
en cas d'incendie à Vaudémont. C’est également
dans ces parages que se trouvent les sources du Tabourin
et de la Saussotte, petits ruisseaux
qui viennent alimenter le Brénon qui traverse
Vézelise.
Avant d’arriver à Vaudémont, un petit détour
permet d’aller admirer un superbe lavoir, le chemin passe ensuite
devant le guéoir qui lui n’est
plus en eau mais servait jadis à laver les sabots des chevaux
lorsqu’ils rentraient du travail.
En suivant la route sur un très court tronçon on entre
dans Vaudémont dont il est difficile d’imaginer que jusqu’à
sa destruction durant la guerre de Trente Ans ce village constituait
une véritable ville fortifiée siège de la dynastie
des ducs de Vaudémont dont le membre le plus
prestigieux fut sans doute René II, duc de Lorraine
et de Barr.
Notre itinéraire continue en bordure de l'église pour
déboucher sur le côté ouest de l’éperon
où un petit aller-retour permet de s’approcher des vestiges
de l'imposante tour Brunehaut qui était le donjon
de la place forte. Le sentier longe ensuite les remparts pour rattraper
la route que l’on suit très peu de temps pour bifurquer
à droite à couvert des arbres.
Le sentier passe ensuite en bordure de cultures puis débouche
en vue du monument érigé en l'honneur de Maurice
Barrès, grand écrivain français né
à Charmes et qui dans « La colline
inspirée » se fait le chantre de la colline de
Sion. Il faut pourtant se souvenir que Maurice Barrès fut également
un antisémite virulent, xénophobe et nationaliste mais
ça on semble l'avoir oublié...
Le monument se trouve au point culminant de la colline, à 545
mètres d’altitude. Une très belle table d'orientation
permet de mettre un nom sur chacun des villages visibles depuis ce promontoire.
Parmi eux Marainville, petit village vosgien où
est né Nicolas Chopin le père du compositeur
Frédéric Chopin.

Village au nord du signal de Vaudémont
A proximité, des traces dans le sol sont témoin d’une
activité traditionnelle chez les visiteurs de la colline de Sion
: rechercher les fameuses « étoiles ».
Ces étoiles sont en fait des fossiles de tige de lis
de mer, témoin de l’époque lointaine (première
moitié de l’ère tertiaire) où toute la région
était recouverte par la mer.
On quitte cet endroit superbe par un petit sentier qui ramène
à la route, puis ensuite un autre qui descend très raide
vers le sud-est pour traversée la très belle forêt
du Bois de Plainmont. Un peu plus loin on sort de la
forêt au lieu-dit «le Trou des Fées »,
anfractuosité naturelle et fréquente dans ces terrains
calcaires mais qui a donné lieu à tout un tas de légende
où les fées ont leur place bien entendu.
Il faut ensuite suivre la route pour rejoindre Sion.
Sion est aujourd’hui un haut lieu de dévotion pour la religion
catholique mais de tout temps cet endroit, dominant la plaine lorraine
et visible de très loin, fut un lieu à vocation spirituelle.
Les Leuques y adoraient Rosmertha,
déesse de la fécondité, les romains y auraient
construit un temple à Mercure. Le christianisme
est présent à cet endroit vers le Vème siècle.
Depuis le IX ème siècle c’est un but de pèlerinage
en l’honneur de la vierge Marie. Qui adorera t’on à
Sion dans une dizaine de siècles ?
L'origine du nom Sion viendrait du latin segentum
ou pagus seguntensis qui se traduit par "pays
des moissons", cette même racine aurait donné également
le terme "Saintois" qui désigne toute
cette région.
Il est intéressant également de visiter le couvent des
missionnaires Oblats ainsi que le petit musée.
Du parking on peut rejoindre un chemin qui descend vers la chapelle
Notre Dame de Pitié qui permet ensuite en continuant
de descendre le long des près de retrouver le chemin emprunté
au départ de Praye.
Photographies Thierry Jeandel