Le Luxembourg n'est pas uniquement un paradis fiscal, ce petit pays
dont le nom signifie littéralement "petit château"
recèle également des petits trésors pour l'amateur
de randonnées pédestre. Mais le Luxembourg ne fait pas
partie de la Lorraine direz vous ? C'est vrai, mais cette terre qui
appartint successivement à la Bourgogne (1443), à l'Autriche(1477),
à l'Espagne(1506), aux Pays Bas, à la France(1656) deviendra
seulement indépendante en 1839, alors comme en plus c'est à
deux pas de la Lorraine, cela vaut bien une petite visite...
Du parking situé en face de l'église de Berdorf prendre
la rue qui part vers le nord ouest (balisage B2), continuer
de suivre ce balisage qui permet de sortir du village et qui suit ensuite
un petit cours d'eau, le rueltzbech, au fond d'un vallon très
humide où on découvre les premières falaises de
grés.
L'origine de ces falaises remonte à une époque lointaine,
il y a 200 millions d'années où la région
était recouverte par une mer peu profonde. Au fil des millénaires
qui ont suivi, le fond de cette mer s'est recouvert de grandes quantités
de sable cimentées au fur et à mesure par le calcaire
provenant de restes d'organismes marins essentiellement des coquillages.
Sous l'effet de la pression due à l'accumulation de ces nombreuses
couches, ces sédiments ont été vidés de
leur eau et se sont durcit pour se transformer en grés et tout
cela pendant 20 millions d'années.
Prendre le sentier aménagé de marches qui permet de grimper
à un point de vue (Ruetzelbechlay) en passant
au milieu des roches par des failles si étroites que parfois
il faut se mettre de côté pour pouvoir passer. Du Ruetzelbechlay
on peut admirer la vallée de la Ernz Noire qui se jette
dans la Sûre un peu plus au nord. Ces diaclases
qui portent le nom local de schloeff sont dues à
des mouvements de surélévation du sol et de pression auxquelles
a été soumis cette région durant son histoire géologique.
Certaines de ces diaclases, celles qui sont trop étroites pour
permettre le passage d'un homme ou même d'un animal renferment
des sédiments, des pollens, des restes d'animaux qui ont été
piégés dans ces endroits et n'ont plus bougé depuis
des milliers d'années, étudiés par des scientifiques,
ils permettent de retracer l'histoire lointaine de la région.
De là le sentier B2 continue de se faufiler à travers les hautes falaises
pour arriver à l'île du diable (Deiwelsinsel),
ce bloc de 40 m. de haut s'est séparé du reste des falaises durant
la dernière glaciation (il y a 10 000 ans environ). En effet, le sous
sol étant constitué principalement d'argile imperméable à l'eau, à
la fonte des glaces l'ensemble a "glissé" sur ce tapis d'argile humide
et s'est fracturé en de nombreux endroits. Le nid d'aigle (Adlerhorst)
qu'on découvre un peu plus loin s'est formé de la même façon.
Le sentier continue de longer les tours de grés pour arriver
à Heroldt, vaste abris sous
roche naturel, ce genre d'abris fréquent dans toute cette vallée
a abrité des chasseurs itinérants dès l'âge
de pierre (- 50 000 ans), plus tard au mésolithique (- 8 000
ans) des hommes y vivaient de façon plus sédentaire, on
a retrouvé dans certains de ces abris des gravures ainsi que
des objets ayant servis à la chasse et qui attestent d'une présence
durable.
Ensuite le sentier (toujours B2) nous fait découvrir la superbe
forêt composée principalement de hêtres
au pied des falaises car le sol y est plus riche et de pins sylvestre
dans les zones où le sol est le plus pauvre aux abords des rochers.
Cette forêt du fait de son accès difficile a été
peu exploitée par l'homme, elle nous montre donc un aspect qui
ne doit pas être trop éloigné de ce qu'elle devait
être au moment de son installation il y a plus de 6000 ans à
la fin de la dernière glaciation. Au printemps, il est frappant
de constater que la seule touche de vert dans cette forêt est
apportée par les nombreux massifs de houx, typiques des
sols acides, qui la peuplent. Le houx est d'ailleurs l'emblème
du parc naturel transfrontalier qui couvre cette région à
cheval sur l'Allemagne et le Luxembourg.
On arrive ensuite dans la zone du "Wanterbaach"
qui est le magnifique terrain de jeux des grimpeurs qui parfois viennent
de fort loin pour s'entraîner à l'escalade sur ces parois
lisses et verticales. De nombreuses voies sont équipées
et nettoyées mais comme la fréquentation de plus en plus
importante au fil des années menaçait un écosystème
très fragile, le gouvernement luxembourgeois a mis en place un
système de permis pour pouvoir grimper dans ce secteur. En effet,
il y a de nombreuses années lorsque je venais grimper ici, l'escalade
n'était pas un sport à la mode et nous ignorions que nous
dérangions par notre seule présence la nidification du
faucon pèlerin ou des nombreuses espèces de chauves-souris.
Aujourd'hui on est frappé quand on arrive dans cette zone de
constater les nombreuses marques d'érosion sur le sol ou la disparition
des mousse et lichens sur la plupart des rochers.
Ensuite les falaises deviennent plus clairsemées mais le sentier
en balcon n'en n'est pas moins agréable et nous amène
à Kasselt (du latin Castellum), tour de grés
dominant la proche vallée de la Sûre. Cet endroit fut fortifié
par les romains. On quitte désormais le chemin B2 pour prendre
le sentier F (attention, vers le bas et non vers le haut ! ) qui va
nous amener, après 6 bons kilomètres un peu en montagne
russes mais toujours proche des falaises, au bord de la Sûre.
Cette partie moins spectaculaire mais qui nécessite moins de
regarder en permanence où on pose le pied peut être mise
à profit pour tenter de repérer les nombreuses espèces
d'oiseaux qui peuplent l'endroit. On n'aura pas de mal d'observer la
mésange véritable pipelette, le geai des chêne avertissant
toute la forêt alentour de notre présence, le pinson souvent
en groupe. Les tambourinements contre les arbres du Pic épeiche
permettront de le repérer facilement. Avec un peu plus de chance
on pourra peut être observer furtivement la sittelle qui arpente
les troncs d'arbres à la recherche de sa nourriture....la tête
en bas.
Une fois arrivé au bord de la Sûre, le sentier la suit
jusqu'à Echternach, de l'autre côté de l'eau c'est
l'Allemagne ! La Sûre (Sauer en allemand) prend sa source dans
les Ardennes belges, traverse le Luxembourg ed part en part et je jette
dans la Moselle à l'est du pays. A proximité d'Echternach,
on repère facilement les tours de la basilique romane qu'on peut
au passage visiter et qui renferme le tombeau de St Willibrord fondateur
de la ville. Il y a pas mal d'infos sur la basilique à cette
adresse : http://www.willibrord.lu/fr/basilique_description.html
De la basilique, il faut retourner par la rue piétonne vers
le nord ouest jusqu'à un grand kiosque, de là prendre
vers le sud le sentier fléché B1 qui grimpe tout de suite
après avoir traversé la route principale. Du sommet, on
jouit d'une vue intéressante sur la petite ville d'Echternach.
Le sentier continue ensuite en direction de la gorge du Loup qui constitue
une magnifique falaise de grès qui présente une forte
concentration en calcaire et qui du coup lui donne cette teinte jaunâtre
si particulière. L'endroit est connu et visité depuis
la fin du XIX ème comme en atteste une plaque posée dans
les années 20.
Le sentier continue ensuite pour rejoindre le vallon de l'Aeschbach
que malheureusement emprunte une route touristique très fréquentée
les week-ends. Dans un décor de conte de fées, le sentier
passe par des lieux splendides comme le Labyrinthe ou la tour
Malakof. On peut au passage, traverser la route pour grimper au
sommet du rocher le plus photographié de la région, le
Perekop. L'étroite diaclase qui permet d'accéder
au sommet surplombant la route a été équipé
de marches et d'échelles. Ensuite on s'éloigne de la route
-tant mieux- pour arriver assez vite à Chipka Pass.
Ce petit vallon très humide possède une flore très
riche et très spécifique en lichen et en mousse de toutes
sortes qui poussent ça et là sur les nombreux rochers.
Une petite grimpette amène au splendide site de Hohlay
(lay=pierre) vaste meulière où ont été extraites
dès le moyen âge une multitude de meules pour les moulins
de la région. De là le sentier ramène par le plateau
très facilement au point de départ.
Merci au personnel du Tourist Info de Berdorf pour les précieux
renseignements que j'ai pu y trouver, ce bureau dispose d'un site internet
: http://www.berdorf.lu/